US inflation
Beaucoup parlent d’un net ralentissement, mais en croisant les mesures l’inflation US a surtout stagné — un cran au-dessus de la cible de la Fed, alors que le marché parie déjà sur des baisses rapides.
Beaucoup affirment que l’inflation américaine a fortement ralenti ces derniers temps. En croisant les différentes triangulations de données, le constat est plus sobre : peu de choses ont changé sur un an.
La réalité la plus probable, c’est que l’inflation s’est largement stabilisée — à un rythme encore légèrement supérieur à l’objectif de la Fed.
En attendant le plus grand rapport sur l’inflation de notre vie, passons en revue ces différentes triangulations. Elles donnent une idée de la façon dont la croissance des prix est perçue — au-delà de l’inflation strictement mesurée.
Ce que disent les enquêtes : pas de détente
Les signaux issus du terrain pointent tous dans la même direction — celle de la stabilité, pas du reflux.
- Prix des services (ISM) : stables depuis un an.
- Prix des produits manufacturés (ISM) : en hausse progressive.
- Petites entreprises : elles signalent l’inflation comme le problème le plus important, à peu près comme l’an dernier — et même en légère hausse. Si l’inflation était réellement maîtrisée dans leur esprit, on s’attendrait à voir d’autres pressions prendre le dessus.
- Augmentations de prix réelles : restées assez stables sur un an, à un niveau élevé par rapport à l’avant-pandémie.
Côté ménages, même tableau :
- Anticipations d’inflation des consommateurs (CEBRA) : assez stables. En niveau, cette mesure ressort bien plus haut que les autres — peut-être à cause d’autres postes (assurance habitation, etc.) qui pèsent sur les consommateurs. Mais la tendance est claire.
- Anticipations des consommateurs (université du Michigan) : elles n’ont reculé que modestement sur l’année et restent supérieures à l’objectif de la Fed.
Les chiffres de la Fed : un ralentissement très graduel
Cela ne diffère pas beaucoup de ce que montrent les chiffres de la Fed : un ralentissement progressif, alimenté notamment par les inquiétudes sur des niveaux d’inflation aberrants.
On ne sait d’ailleurs pas vraiment ce que recouvre la mesure « Core » utilisée ici — elle ne colle pas aux chiffres de l’IPC. Mais l’image de fond reste celle d’un ralentissement très graduel. Rien, à partir de ces prix déduits, ne suggère un affaiblissement aigu de l’inflation ces derniers mois.
Les arguments baissiers ne tiennent pas l’examen
Pour la suite, beaucoup s’accrochent à la récente baisse des prix de l’essence pour annoncer un net reflux de l’inflation. Plusieurs angles invitent à la prudence :
- Essence / gaz : ces prix pèsent clairement sur les chiffres principaux, mais leur relation avec les chiffres de base est, au mieux, baissière uniquement sur le long terme.
- Loyers : diverses mesures laissent au contraire penser à une certaine reprise au cours des derniers mois.
- Effet de saison : beaucoup lisent les tout derniers mois comme une bonne indication de la tendance sous-jacente. Replacées dans un contexte saisonnier, les baisses récentes paraissent bien moins convaincantes.
Powell a déjà crié victoire trop tôt
Au cours des deux dernières années, JP a déjà déclaré la mission accomplie sur l’inflation — avant de revenir sur sa position quand l’inflation est repartie au-dessus des attentes.
| Épisode | Posture | Suite |
|---|---|---|
| Début 2023 | « Mission accomplie » | Rétropédalage |
| Fin 2023 | « Mission accomplie » | Rétropédalage |
| Ces derniers mois | Même rhétorique | 3ᵉ exemple à surveiller |
Le marché, lui, a déjà tranché
Plus important encore pour les acteurs de marché : les prix à court terme se sont entièrement calés sur l’hypothèse d’une inflation désormais terminée. Ils fixent le rythme de baisse le plus rapide du cycle — les taux à 2 % se situant désormais 175 pb en dessous du taux cible actuel.
Un cycle de baisse des taux est quasi certain de démarrer. Mais l’ensemble des données d’inflation suggère que le problème est loin d’être résolu comme le suppose le marché. Ceux qui sont longs à ces niveaux risquent fort d’être déçus quand l’inflation ne reflue pas autant qu’attendu.
L’inflation s’est stabilisée un cran au-dessus de l’objectif de la Fed — un écart résiduel que le marché néglige en pariant sur des baisses rapides.
En résumé : les chiffres dictent la marche à suivre, et l’on se positionne sur les taux dans les deux sens — à l’achat comme à la vente.
Sources : ISM, CEBRA, université du Michigan.